Les grands “Mestres” de l’histoire de la capoeira

Les grands “Mestres” de l’histoire de la capoeira

 

Les maîtres nous font vivre et comprendre la capoeira à travers le temps. Cette lutte pour la liberté qui, bien qu’ayant ses règles, est libre et fait appel à la créativité de chacun. Les “Mestres”, comme on les appel, nous “éclairent”. Vivant ou non, enseignant ou ayant enseigné dans une académie ou non, les maîtres de capoeira sont nombreux. Et parmis tous ceux qui ont marqués l’histoire de la capoeira, deux grands noms, dont le respect qu’ils insufflent reste intact au fil des années auprès des capoeiristes, se doivent d’être retenus.

 

Mestre Pastinha (1889-1981)

Vicente Ferreira Pastinha est né le 5 avril 1889 à Salvador, État de Bahia (Brésil). Il commence à apprendre la capoeira à 8 ans avec un Africain appelé Benedito. Il incarne, à lui seul, le courant de la capoeira traditionnelle plus communément appelée “Capoeira Angola”.

A 20 ans, après quelques années dans la marine brésilienne, il retourne vivre dans le centre de Salvador où il se consacre à la peinture et la capoeira.

En 1941, Mestre Pastinha fonde sa propre école de capoeira qu’il appelle “Centro Esportivo de Capoeira Angola” à Salvador afin de développer son art et protéger la tradition. Les notions de discipline et de respect y étaient enseignés. Il instaura également la tenue traditionnelle de la capoeira Angola: t-shirt jaune et pantalon noir.Il a constitué l’orchestre (la bateria) traditionnel qui accompagne cet art : trois berimbaus, deux pandeiros, un atabaque, un reco-reco, un agogo.

En 1964, un manuel illustré et agrémenté ses réflexions sur la capoeira angola est publié. Pastinha est aussi réputé pour avoir formé de grand capoeiristes d’Angola comme Mestre João Grande, Mestre João Pequeno, Mestre Bigo, Mestre Camisa… Mestre Pastinha était souvent décrit comme très chaleureux, accueillant et de bonne humeur. En plus d’être un excellent capoeiriste, il se démarque par sa grande philosophie et poésie.

En 1969, le maître perd définitivement la vue. Mestre Pastinha meurt dans la pauvreté et la solitude en 1981.

En 1988, le livre « Capoeira Angola » est publié par le secrétariat de la Culture de Bahia, il est consacré à Mestre Pastinha et rend hommage au créateur de la capoeira Angola telle qu’elle est connue et pratiquée aujourd’hui.

(Anecdote: Assez chétif étant petit, il était à l’époque martyrisé par les enfants de son quartier. C’est en le voyant se faire maltraité que son maître Benedito lui aurait dit ” Le temps que tu perds en jouant au cerf-volant, viens chez-moi que je t’apprenne des choses de grande valeur “. Il finira par être l’enfant le plus respecté de son quartier à l’âge de 13 ans.)

 

Mestre Bimba (1899-1974)

Manoel dos Reis Machado est né le 23 novembre 1900 dans le quartier Engenho Velho, paroisse de Brotas, à Salvador, État de Bahia (Brésil).

A 12 ans, Manuel dos Reis Machado plus connu comme Mestre Bimba apprend la “Capoeira de Angola” avec Betinho (un maître Africain). Dans les années 1930, Bimba fonde la première école de capoeira qu’il appelle le « Centro de Cultura Física e Capoeira Regional » à Salvador de Bahia et créé le style de capoeira que l’on nomme « Capoeira Regional ».  La Capoeira Regional se distingue de la capoeira traditionnelle car Mestre Bimba y intégrera des éléments de « Batuque », une lutte africaine que pratiquait son père (le lutteur Luiz Cândido Machado).

Bimba fut le premier à créer une méthode d’enseignement de la Capoeira et instaurer une réelle pédagogie. Jusque-là, la capoeira est seulement apprise en observant et en pratiquant dans les rues. Afin de changer le regard de la société brésilienne de la classe supérieure sur la capoeira, Bimba établit des règles très strictes. Uniforme blanc propre, introduction de grades, discipline, bonne posture… Son but était de nettoyer l’image de la capoeira en la dissociant du banditisme et des problèmes de délinquance de la société brésilienne de l’époque. Ces nouvelles normes eurent pour résultat d’attirer les gens de la classe moyenne supérieure ainsi que les femmes (jusque-là exclus) à rejoindre son école. Ce fut alors l’expansion de la capoeira à travers le Brésil puis à travers le monde.

En 1952, Mestre Bimba réussit à attirer l’attention du président brésilien de l’époque, Getúlio Vargas, et fera une démonstration à la suite de laquelle le président affirmera que la capoeira est le « véritable sport national ».

Si Mestre Bimba était doté d’une forte personnalité, il était aussi réputé pour être un lutteur très adroit. Craint de beaucoup, son haut niveau lui valu le surnom de “Tres Pancadas” (“Trois coups” en français) car l’on racontait que c’était le maximum de coups que ses adversaires pouvaient supporter.

(Anecdote: Le surnom de “Bimba” est venu en raison d’un pari entre sa mère et la sage-femme lors de sa naissance; sa mère a parié qu’il allait être une fille et la sage-femme qu’il serait un garçon. Lors de la naissance la sage-femme a dit : ” C’est un garçon, regarder son Bimba “)

 

A la suite de tous ces développements, la capoeira quittait l’illégalité quand la loi d’interdiction de la capoeira fut abrogée. Ces évènements, dont sont à l’origine ces deux maîtres reconnus, permirent à la capoeira de sortir d’une relative clandestinité (bien que beaucoup de capoeiristes brésiliens se languissent encore de son manque d’appui par le gouvernement dans leur propre pays) et de s’affirmer de nos jours comme une des activités sportives les plus pratiquées par les brésiliens

 

D’autres Mestres connus:

  • Mestre Waldemar (1916-1990): connu pour être considéré comme l’un des meilleurs chanteurs de l’histoire de la capoeira. C’est aussi lui qui fabriqua les meilleurs berimbaus en révolutionnant la technique de construction et en peignant ses pièces. Il commence à enseigner la capoeira en 1940. La roda dirigée par Mestre Waldemar devient l’un des principaux points de rencontre des capoeiristes bahianais de cette époque. Il est dit que lors des jours de capoeira, Mestre Waldemar défilait toujours fièrement, couvert d’or avec un pantalon en lin, une veste blanche, des chaussures cirées et un chapeau de paille. Jorge Amado (un des plus grands auteurs brésilien) dit de lui « qu’il exécute les coups les plus difficiles, saute, à peine un pied du sol et, à la fin du jeu, les vêtements sont aussi propres qu’avant, impeccables. »
  • Mestre Canjiquinha (1925-1994): connu pour être l’un des capoeiristes le plus souvent invité à participer à des démonstrations officielles de l’État et dans des clubs. Très communicatif, il a réalisé quelques apparitions au cinéma dans 6 films différents. Il est dit que rare sont ceux qui avaient un répertoire de chants de capoeira comme Mestre Canjiquinha.
  • Mestre João Grande (1933-1966): connu pour être un disciple de Maître Pastinha, il en hérite la philosophie et les connaissances de la capoeira de Angola. En 1966, il fait partie de l’escorte qui se rend au premier « Festival mondial des Arts nègres » de Dakar (Afrique). Il enregistra aussi en 1990, pour le Programme National de Capoeira son premier disque solo. Selon lui « Les jeunes capoeiristes doivent pratiquer la capoeira comme une danse et non comme une lutte et s’unir afin que la Capoeira du Brésil puisse croître, que ce soit la Capoeira Angola ou Regional ».
  • Mestre João Pequeno (1917-2011): disciple de Mestre Pastinha, était à plus de 90 ans le plus vieux maître de capoeira encore en activité. Légende vivante, figure emblématique de la capoeira Angola, il est connu pour son style de jeu très près du sol.
  • Mestre Camisa (1956-aujourd’hui): en 1988, Camisa crée le groupe Abadá-Capoeira, aujourd’hui présent dans tous les états brésiliens et dans plus de 28 pays du monde, et qui regroupe plus de 40 000 capoeiristes. Il est considéré comme l’un des capoeiristes les plus techniques du monde.
  • Mestre Traíra (1925-1975): Son nom est associé à celui du célèbre Mestre Waldemar da Paixão, dont il a fréquenté la capoeira dans le quartier populaire de Liberdade. capoeiriste de renommée à Bahia, a marqué l’époque et gagné la notoriété incomparable dans l’art des ” Rasteiras ” (rampantes) et des ” Cabeçadas ” (coups de tête). Traíra est un caboclo peu bavard, tout en muscles. Seul Mestre Pastinha peut rivaliser avec lui sur la beauté des mouvements, dans l’agilité, dans la rapidité des coups. I a eu un rôle important dans un film produit en 1954.

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