La place de la femme dans la Capoeira

La place de la femme dans la Capoeira

 

Tout au long de ces dernières décennies, la propagation de la Capoeira à travers le monde a été rapide et constante et le nombre de publications sur le sujet a peu à peu augmenté. Ce sport attire, que ce soit les petits comme les grands, les hommes comme les femmes. Cependant, les allusions aux femmes capoeiristes sont rares et il n’y a pas ou peu de trace écrite de leur participation active dans l’histoire de la Capoeira.

 

La présence de la femme au sein de la Capoeira

Il est difficile de parler de l’influence que la femme a exercé dans le développement de la Capoeira en tant que jeu/lutte/danse/rituel ou de tracer avec exactitude l’historique de sa participation active. La Capoeira faisant partie des traditions orales et à dominance presque exclusivement masculine, on retrouve très peu de trace écrite ou de preuve concernant la place de la femme dans la capoeira.

Carlos Eugênio Libano Soares (professeur l’Université fédérale de Bahia) affirme que jusqu’au XXème siècle, les femmes qui jouaient un rôle fondamental dans la culture esclave urbaine étaient des bandits de l’univers de la Capoeira, au moins indirectement. Il a également trouvé un avis de répression des capoeiristes qui mentionnait deux femmes : « Isabel et Ana passent leur vie à se battre, et pour cela elles défient quiconque leur adressent des paroles désagréables et lorsqu’elles engagent une lutte, elles se montrent expertes en capoeiragem ». Cependant cela reste un cas isolé en comparaison au nombre de cas similaires concernant des capoeiristes de sexe masculin qui se faisaient remarquer à l’époque.

 

Les grands noms féminins de l’histoire de la Capoeira

La Capoeira est une lutte qui possède environ 400 ans de domination masculine ; domaine de réserve masculine, dont la présence, l’insertion et l’action des femmes peuvent être considérées récentes. La pratique de la Capoeira est associée aux hommes, car elle rassemble les éléments qui composent l’identité masculine, tels que : la virilité des coups, le biotype des lutteurs, les actions de violence physique et l’agressivité. Malgré tout, dans ce scénario à domination « machiste », certaines femmes ont marqué leur présence. La littérature cite des noms de femmes pionnières comme Maria Felipa de Oliveira (elle a participé à la lutte de l’ indépendance de Bahia). L’histoire mentionne également les noms de Maria Doze Homens, Salomé, Rosa Palmeirão, Júlia Fogareira et bien d’autres capoeiristas légendaires qui font partie de l’imaginaire populaire national. Beaucoup de ces femmes capoeiristes font l’objet d’études, car il est encore impossible d’être sûr de leur existence à ce jour et il existe certaines confusions au niveau des noms, dû au fait du manque de documentations écrites ou de faits relatés qui se perdent à cause de la tradition orale.

Maria Felipa de Oliveira

Cette femme, noire, marchande de coquillages et capoeiriste, a durant l’esclavage au Brésil, quitté l’île d’Itaparica et s’est rendu au « mercado modelo » pour faire de la Capoeira. Son nom est associé à la rébellion « nègre » du 10 juillet 1822 qui a expulsé les dernières troupes portugaises de Bahia, commandées par Madeira de Mello,  et qui a abouti à l’indépendance de cet état, dont la commémoration a lieu le 2 juillet.

En avril 1881, on peut lire dans un journal bahianais, le « Satanaz Ilustrado », qu’il existait des femmes capoeiristes, habiles et ensorceleuses, prêtes aux affrontements dans les rues, les locaux dans lesquels elles exerçaient leurs activités journalières, des travaux pesants qui exigeaient une grande vigueur physique pour supporter le poids à porter : leur table, leurs marchandises et leurs enfants sur le dos.

Salomé et Maria Dos Anjos

Au début du XXème siècle, entre les années 1920 et 1930, à Salvador, on trouvait deux femmes qui aimaient le batuque (lutte) et le samba : Salomé et Maria Dos Anjos. Les deux furent des élèves du capoeiriste « Doze Homens ». Selon le témoignage de Mestre Atenilo à Bira Almeida, il les aurait connues et dit que c’était des femmes de caractère. Indigné par une question portant sur leur identité sexuelle, il répond que « c’était des femmes, des vraies ! ». Salomé a été et est encore chanté dans les rodas de Capoeira. Dona Maria de Camboatá, une autre femme connue à Salvador, est également beaucoup chanté dans les rodas de Capoeira.

Maria Homem

On peut également citer Maria Homem, une femme qui pratiquait la Capoeira et se battait dans la rue. Toutes ces femmes ont été des pratiquantes de Capoeira, une « lutte d’hommes », pendant une période de l’histoire où la Capoeira était considérée comme crime pour les deux sexes, et les luttes étaient alors interdites pour les femmes.

 

La loi vis-à-vis des femmes

Au Brésil, diverses activités comme le Judo, la Boxe, le Rugby, le Football et la Capoeira étaient considérées inappropriées aux femmes, étant déconseillées et interdites par la loi. La loi n°3.199/1941, du 14 avril, interdit la pratique de luttes aux femmes, ayant des incompatibilités avec sa nature. La délibération n° 7 de 1965, du Conseil National des Sports, interdit la pratique du football, de toutes sortes de luttes, du polo, de l’haltérophilie et du baseball aux femmes. Ces interdictions ont été appliquées de 1941 à 1979.

Mestre Bimba a cependant enseigné à une femme surnommée « Maria Doze Homens » et à un groupe de femmes pour participer à un Festival international durant ces dates. Durant cette même période, au sein de la Capoeira Angola, Mestre João Grande affirme avoir connu une capoeiriste  surnommée « Chicão » qui ne perdait jamais face à un homme.

 

Le rôle des femmes dans la Capoeira, à l’époque

A l’époque, dans la ville de Bahia « les femmes en jupes , comme étaient appelées les noires africaines ou descendantes africaines » devenaient complices et alliées des capoeiristes, car en plus de prévenir les hommes que la police approchait, elles cachaient des armes dangereuses (généralement une lame de rasoir ou un couteau de ticum) qu’elles sortaient de leurs cheveux, de leur tête, de leur torse ou de sous leur jupe et les donnaient aux capoeiristes au moment exact où ils en avaient besoin pour attaquer ou se défendre.

La présence de la femme dans les cercles de Capoeira se manifeste également sous forme de soutien logistique ou de services. Elle était vu presque uniquement comme un élément de soutien dans la structure sociale du jeu/lutte/danse/rituel ou comme participante de la résistance culturelle afro-brésilienne.

 

 

Depuis il y’ a eu l’émancipation de la femme grâce aux mouvements féministes, la pénétration de la Capoeira dans les écoles, l’attitude plus ouverte et moins machistes des mestres, contra-mestres et professeurs de Capoeira et la propagation et la divulgation de la Capoeira sur internet et sa globalisation. En considérant ces changements sociaux et tous les facteurs qui ont influencé l’ouverture d’un espace bien défini pour la présence de la femme au sein de la Capoeira, il est possible de conclure que la femme contemporaine a déjà pris possession d’un espace réel dans les cercles de Capoeira. Comme tout bon capoeiriste, elle incorpore la dualité du rôle de séductrice/séduite. Il est très facile de se mettre à la capoeira, niveau matériel, il vous suffira d’un bon pantalon de capoeira et d’un t-shirt tout simplement. Actuellement, environ 40% des pratiquants de Capoeira, sur une répartition mondiale, sont des femmes.

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